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Visite d'atelier
chez
D.
Molinari
à Montmartre
Ouvrez, par
exemple, le dictionnaire de E. Benezit qui répertorie les peintres,
sculpteurs et graveurs marquants, vous y découvrirez une liste de vingt
artistes du
nom de MOLINARI. Les uns ou les
autres entre le quinzième et le vingtième siècle. Ils pourraient bien
être les ancêtres de notre Domenico
montmartrois, qui, lui n'y est pas mentionné
A la suite
de notre visite dans l'atelier du peintre, nous pensons qu'il s'agit là
d'une lacune regrettable.
Rappelons
brièvement que Domenico est né en
1947, un dimanche (comme son nom l'indique), sur les hauteurs de Potenza
à 300 km au sud de Naples, bien loin de la grand'ville, dans le
petit village italien de Laurenzana, qu'il a immortalisé par
l'une de ses premières huiles. C'est en jouant dans le grenier de ses
parents que Domenico, enfant, trouve
dans une vieille boîte en carton une série d'eaux-fortes du fameux
Dürer, qui y reposaient comme par miracle… Cette
découverte insolite l'enchanta au point de sceller en lui sa vocation
artistique.
Domenico Molinari a peint d'abord son
environnement ; il a fait le portrait de ceux qui l'entouraient, sans
oublier lui-même: son autoportrait, reproduit ici en couverture, a été
réalisé à vingt ans. Il révèle la richesse de ses dons et la maîtrise de
son art, dont il aime à dire qu'elle lui vient de Dieu. Entendez par là
que nul Maître de l'école des Beaux Arts n'a servi de guide à
Molinari ; il s'est fait tout seul à
l'école de la vie, dans l'atmosphère artistique de son Italie natale :
Naples… Rome… Florence… font partie de son itinéraire premier.
Décrire l'artiste
? Il est tout entier dans ce portrait de lui-même, qui exprime sa nature
inquiète, mais volontaire, farouche, indomptable ; son regard clair,
intense, dubitatif, scrute et interroge l'univers comme pour lui
arracher son mystère…
A Paris, où
Molinari est venu s'établir, il s'est
fondu dans le paysage de Montmartre - pittoresque par nature - et auquel
il manquerait désormais s'il venait à disparaître. Son atelier ? Un
capharnaüm sans lumière, où s'entassent pêle-mêle des bidons d'huile ou
d 'essence, des cageots remplis d'argile. Des tubes et des vaporisateurs
de peinture jonchent le sol où se promène un gros chien repu, gâté par
les voisins, ravis qu'ils sont du spectacle quotidien que leur offre
l'atelier de Domenico. Car l'atelier
- ou plutôt le chantier - qui donne sur la rue, est presque toujours
ouvert ; et c'est dehors, devant sa porte - pour profiter de la lumière
du jour - que le peintre travaille le plus souvent. Il faut le voir à
l'action, penché sur sa toile, qu'il place à plat sur une planche de
fortune approximativement soutenue par une base de fer trop basse…
Il faut le voir,
dis-je, peindre de nuit, avec sa barbe de quatre jours, à la lumière
d'une bougie…
Oui,
Domenico Molinari est un peintre de la
rue . C'est dans les rues de Paris qu'il a inventé une nouvelle forme
d'art pictural que nous appellerons le " sculpturalisme ".
Mais les rues de
Paris ne sont pas à l'abri des voleurs.
C'est là que des
brigands de l'art, perspicaces, après avoir observé la technique de
Molinari, comprirent le profit qu'ils
pourraient tirer de son innovation. S'emparant du procédé sculpturaliste,
ils ont reproduit mécaniquement et clandestinement les mêmes sujets.
Qu'on se rassure
! Il manque aux tableaux médiocrement reproduits à la chaîne, la main de
l'artiste, irremplaçable pour leur conférer la beauté.
Il reste qu'en
raison de la concurrence déloyale qui lui est faite, le peintre est
obligé de négocier ses œuvres à bas prix.
Le sculpturalisme
élaboré par Molinari est tout autre
; l'artiste, tel un apprenti sorcier, confectionne d'abord une pâte
gluante qu'il sculpte et travaille pour en tirer, au gré de sa
fantaisie, la grâce toute classique d'une " figure de danse ", le
mouvement formel d'une " Course de chevaux " , la souffrance déchirante
du Christ de " la nuit de la Crucifixion ", ou le mysticisme farouche de
Moïse brisant " les Tables de la Loi " pour ne citer que quelques uns
des thèmes de l'œuvre de Molinari.
Tous ces sujets, une fois conçus, sculptés et durcis, sont incorporés à
la toile. Alors le sculpteur, redevenu le peintre, fait jouer sur ses
tableaux la magie des couleurs par vaporisation et au pinceau.
En 1975, un des
rares critiques qui ait commenté les œuvres sculpturalistes de
Molinari, dont il appréciait
l'innovation, indiquait qu'à son avis les couleurs lui paraissaient
moins intéressantes que les formes. Nous ne partageons pas ce pont de
vue.
A notre goût, le
feu d'artifice de coloris, saisissant dans " Soleils de l'Apocalypse "
ou la poésie qui se dégage des teintes du " Voilier solitaire " nous
touchent réellement et témoignent de l'heureux mariage entre sculpture
et peinture.
Souhaitons à cet
artiste original et talentueux, tout pétri de spiritualité et qui sous
son air rude cache beaucoup de raffinement et de tendresse, le succès
véritable qu'il mérite.
Car
Domenico Molinari qui œuvre seul, loin
de la publicité et des mondanités, est passé inaperçu de la grande
critique, qui pourrait bien s'en repentir un jour ou l'autre.
Armand de Felsen
Président de
l'Association
"Talents de France
et du Monde" ( T.F.M.).
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