Domenico Molinari (Italien) 52, rue des Abbesses 75018 PARIS Le peintre qui ne compte que sur sa peinture pour vivre, épouse parfois une esthétique commerciale. C'est ce que D. Molinari, à notre avis à fait. Un détail curieux : cette esthétique est moderne ; et elle est commercialisée à la Salle Drouot, où l'esthétique commerciale est plutôt classique. Par ailleurs, la Salle Drouot n'est pas spécialisée pour favoriser la vente de la peinture moderne, émanant d'artistes aussi inconnus que Domenico Molinari, et vivants. C'est un Italien fervent de peinture classique qui vit à Paris de ses portraits et de ses "compositions modernes" et qui achète, place du Tertre, des peintures naïves qu'il aime conserver dans son atelier un exemple de "professionnel", mis en présence de l'ordre du jour. Sa compréhension des exigences nouvelles de la peinture nous semble avoir penché pour un culte de l'allusion formelle érigée en remplaçante légitime de la précision classique. Ce qui est certain, c'est que cette croyance paraît sincère et est servie avec un métier sûr et capable d'invention, mais lourdement dominé par les recettes classiques. Ainsi s'explique l'apparence gestuelle de ses personnages athlétiques, en haut relief et la matière plastique collée contre la toile dont ils sont faits : c'est un dosage d'ancien et de moderne aux deux niveaux de la matière et de l'esthétique. Dans ses thèmes l'artiste témoigne d'un goût prononcé pour le symbole et la métaphore et l'on peut remarquer particulièrement une régulière présence de détails exprimant "l'envolée" et accentuant le poids de l'élément "ciel" dans l'esprit des compositions. Quelques oeuvres : Le Peuple Juif (un groupe de personnages tombés d'une étoile) ; des marines (embarcations frêles, une par tableau, dont la voile est détachée de la coque) un vieux moulin, au fond d'un chemin. Il y a une impression de solitude, qui reste dans l'esprit du spectateur. Elle est due à la fois au caractère squelettique des motifs et à l'échelle. Les couleurs (qui relativement à notre goût personnel sont moins intéressantes que les formes dans cet art) sont produites sur le fond par vaporisation et parfois au pinceau pour qualifier les éléments de composition (la mer, par exemple). Molinari vient d'exposer dans le cadre du salon de New-York de la galerie Duncan, quai de débarquement des artistes qui débutent une vie parisienne. Ses vues commencent à se porter sur la galerie Louis Sou-langes et il compte continuer l'expérience de la salle Drouot qui ne l'a pas déçu, ce qui est étonnant. Cette "visite d'atelier" a été pour nous une occasion rare de rencontre avec un peintre qui se trouve tout au début d'un itinéraire très classique. Signalons qu'il cherche un conseiller en relations publiques et un ou une interprète, parlant le français et l'italien. | Les cahiers de la peinture - Mars 1975 |
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